Tourisme : quelques commentaires pour faire réfléchir

Vous pourrez lire ci-après, un courriel que m’a fait parvenir une touriste française, établie au Canada, qui a visité nos îles cet été pour la troisième fois.

Mme FALCIMAIGNE voulait faire part de son constat et de ses commentaires quant à notre offre touristique. Ceux-ci sont francs et directs, et ils ont le mérite de mettre en exergue certains dysfonctionnements ou incohérences du produit touristique Saint-Pierre et Miquelon, du point de vue d’un visiteur.

Mme FALCIMAIGNE m’a demandé de communiquer son courriel aux autorités compétentes et aux représentations des professionnels du tourisme, ce qui a été fait, mais aussi de communiquer le contenu de son courriel à la population.

Chers St-Pierrais et Miquelonnais,

C’est la troisième fois que nous venons vous voir : nous avions passé trois jours en 1999, cinq en 2003 et cette année, venant de Sydney par avion, nous avions le choix entre arriver le jeudi et partir le dimanche suivant ou rester jusqu’au jeudi suivant et c’est ce que nous avons décidé. Une semaine, donc, chez vous. Nous aimons l’atmosphère de St-Pierre qui me touche particulièrement, en tant que Française résidant depuis trente ans au Québec, aimant l’océan et la solitude, l’Acadie et le Pays basque, un mélange de cultures que j’apprécie.

Cependant, nous avons rencontré de nombreux obstacles dont un certain nombre nous ont fait sentir que nous étions « de trop » et conclure que l’activité touristique est peu considérée à SPM. En voici quelques exemples.

Réservé aux abonnés – Comme de nombreux voyageurs, nous restons reliés à notre famille par Internet. On trouve maintenant des connexions sans fil à peu près partout. Celle que j’avais captée ayant fait défaut pendant plus d’une journée, j’ai cherché où prendre mes messages. Il semble que ce ne soit pas prévu : à la bibliothèque, par ailleurs fermée (c’était lundi!), une affiche en anglais informe généreusement les touristes que l’internet est réservé aux abonnés. Le Bureau du tourisme n’a pas de poste de consultation, il n’y a pas de « café internet », que sommes-nous censés faire???

Fermé – Heureux de pouvoir faire des courses et notre popote puisque nous étions en appartement, nous avons exploré les magasins où nous nous amusons de retrouver un mélange, parfois surréaliste, de produits nord-américains et français. Nous avons découvert que Dagort ferme à midi pile (tant pis si vous n’avez pas fini de faire vos courses pour le déjeuner). La pâtisserie, elle, ferme de façon plus drastique du 1er août au 7 septembre (il restait le 31 juillet 4 chous à la crème et 5 tartelettes à la framboise), tandis que la boulangerie manque de pain dès la fin de la matinée et ferme à… 17h! Le magasin des journaux ferme le lundi matin mais compte apparemment que nous le devinions, n’ayant comme tout horaire dans sa porte qu’un avis de fermeture le samedi matin en été.

La brasserie n’est plus l’endroit où on peut aller prendre un petit quelque chose avec une bière pendant la journée… bien que le site du Phare croie encore qu’elle est ouverte 7/7 : ce n’est plus vrai et bien dommage. Notamment pour dîner tôt, étant donné que rares sont les restaurants qui ouvrent avant 19h30.

Pas d’informations pratiques – Au cours de nos discussions avec les gens du coin, nous avons quand même appris des trucs, par exemple que la boucherie-épicerie Julien ne ferme pas le midi… Je me suis mise en quête du journal local, consciente de l’étendue de mon ignorance et voyant bien que ni les affiches inexistantes ni les brochures disponibles ne pouvaient la combler. C’est là que j’ai appris que l’hebdo l’Écho des caps avait fermé boutique pour tout l’été lui aussi! Pas rancuniers, nous avons quand même acheté le numéro de juillet pour essayer de nous mettre au courant des dossiers locaux. Merci à la personne qui nous a donné les heures des journaux télévisés, qui ont été très instructifs, mais là encore cette information est inexistante. Il manque vraiment un petit guide pratico-pratique de SPM pour les visiteurs. L’Écho des caps pourrait faire un petit numéro spécial à chaque début d’été!! Le plan donné par le Bureau du tourisme est-il à jour? La boulangerie Becks semble fermée pour plus qu’un congé… par exemple.

Pas de bateaux, peu d’avions – Passons sur les problèmes de bateau qui rendent difficile d’aller à Miquelon : vous en souffrez plus que nous et je trouve complètement insensé qu’une solution de rechange n’ait pas été fournie par St-Pierre Express (sic!) pour remplacer temporairement le ridiculement énorme jet immobilisé à quai. Les rotations par air sont également parcimonieuses : nous avons eu les 2 dernières places en avion depuis Sydney et ne nous attendions vraiment pas à retrouver seulement 6 passagers avec nous… 2 avions par semaine, c’est très peu aussi. D’un côté un bateau de 250 places pour desservir Fortune (les touristes ne se bousculent quand même pas sur la péninsule de Burin) et de l’autre un Cessna de 6 places… C’est plutôt déséquilibré comme politique d’accès à l’archipel.

Chambres – On se demande d’ailleurs où on mettrait 250 touristes débarquant à St-Pierre, s’il y a une centaine de chambres en capacité d’accueil. Heureusement, notre choix s’est porté vers un appartement qui nous a donné davantage de flexibilité et d’autonomie qu’une chambre. Nous avons remarqué que peu de touristes occupaient ces appartements, loués à des gens qui semblaient beaucoup plus stables. Nous avions, lors d’un séjour précédent, pris une chambre à l’Ile de France où nous avions eu le désagrément d’entendre les conversations sonores des gens qui sortaient du bar en face à n’importe quelle heure de la nuit et s’attroupaient pour discuter. Cette année, c’est le restaurant en dessous de notre fenêtre qui nous a fourni cette distraction, avec ses fumeurs qui discutaient à 2h du matin comme si vraiment personne n’habitait la rue. Notre appartement étant mal ventilé, il était pénible de devoir fermer la fenêtre.

Lits petits, pas de climatisation, une certaine vétusté, c’est ce que nous avons remarqué à St-Pierre. L’hôtel moderne que nous avions repéré lors de notre dernier séjour était introuvable et nous avons pu constater qu’il a été transformé en centre de santé!!!

Peu d’activités – Pas de place de bateau pour aller à Miquelon… Nous avons quand même réussi à attraper le zodiac de Janot pendant LA journée de beau temps (le dimanche 2 août), ce qui nous a procuré une agréable journée, mais nous a fait manquer le tournoi de pétanque, seule activité pendant notre séjour.

Le fronton est lui aussi parti en vacances : aucune partie de pelote, « l’entraînement reprendra le 6 août », est-il écrit. Il y avait un tour d’avion qui a disparu. La visite de l’Île aux Marins ne se présentait pas très bien non plus : on pouvait y partir à 11h et en revenir à 13h45, mais on ne pourrait pas y visiter les bâtiments publics qui ouvrent à 14h, et si on y allait à 14h, alors là on pourrait tout visiter mais on devrait attendre jusqu’à 17h pour revenir…  Pourquoi les endroits à visiter n’ouvrent-ils pas en même temps que les visites et pourquoi le temps imparti ne correspond pas à la durée de la visite, cela m’est resté obscur.

Le personnel du Bureau de tourisme fait ce qu’il peut et répond (très aimablement) aux questions. Mais on ne nous a pas donné de brochure complète sur les activités (il y en avait une lors de précédents séjours, il me semble). Il y a en une sur le site du Phare : est-elle à jour? pourquoi n’est-elle pas imprimée et diffusée? Manque d’intérêt, d’argent, de coordination?

Nous avons trouvé St-Pierre beaucoup moins animé que les deux premières fois. Le petit troquet sur le port n’a plus de tables en terrasse, vraiment peu invitant, Certains bâtiments sur le quai ou des rues centrales sont placardés ou délabrés, ce qui contraste avec les maisons privées bien entretenues.

J’espère pour les années futures que quelque chose de nouveau et d’attirant nous donnera l’envie de revenir lorsque nous serons dans les Maritimes. Vous subissez vous-mêmes l’éloignement et devez certainement être conscients des efforts d’argent et de temps que font les gens pour venir vous voir, que ce soit par Fortune (il a fallu arriver à Terre-Neuve!) ou par avion de Sydney. Et si vous avez une liste d’envoi (si vous ne l’avez pas, pourquoi ne pas en constituer une?), j’aimerais que mon adresse courriel y soit pour me tenir au courant des activités ici.

Je vous remercie de votre attention.

Anne Falcimaigne
LAVAL – Québec