Remise de l'insigne de l'ordre national du Mérite à M. Henry Masson

© Ouest France

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Annick Girardin était aujourd’hui à Rennes. A l’Hôtel de Blossac, siège de la Direction Régionale des Affaires Culturelles de Bretagne, elle a élevé au rang de Chevalier de l’ordre national du mérite Henry Masson, conservateur régional des monuments historiques. En plus de ses nombreuses missions, celui-ci a également conduit depuis 2009 la campagne de valorisation patrimoniale de Saint-Pierre-et-Miquelon. Une référence que la secrétaire d’État n’a pas oublié de mentionner dans son discours de remise :

Mesdames et Messieurs,
Cher Henry,
C’est un honneur de venir ici, à Rennes, pour te remettre l’insigne de l’ordre national du mérite. Je t’ai connu, Henry, quand tu étais en mission, chez moi, dans l’archipel de Saint Pierre-et-Miquelon en 2009 afin d’en présenter le patrimoine à la Commission Nationale des Monuments Historiques, mission que j’avais d’ailleurs sollicité en tant que député. Aujourd’hui nous sommes chez toi, en Bretagne, région dont tu as la charge du patrimoine architectural.
Mais, et comme si tu le sais, ce patrimoine ne m’est pas étranger. Comme beaucoup à Saint-Pierre, les fondations d’une partie de ma famille se retrouvent dans les pierres d’Armorique. Voilà pourquoi ton action, qui s’est portée jusqu’à chez nous en Amérique du Nord, représente pour moi avant tout un des liens forts entre notre Archipel et ses origines bretonnes.  
Mais je ne veux pas emmurer de ce lien l’ensemble du parcours qu’est le tien et que je vais maintenant tenter de reconstruire.
Architecte diplômé en 1991 et du Centre d’études des monuments anciens en 1997, tu deviens, la même année, lauréat du concours d’architecte urbaniste de l’État, filière « Patrimoine ». Dès lors, ton parcours semble avoir suivi le même plan : tu as servi la République en restaurant le patrimoine de la France.
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Ou, devrais-je être plus précise, de l’Ouest de la France. Angevin de naissance et étudiant des écoles d’architecture de Nantes et de Versailles, tu commences dans la fonction publique d’État en étant « architecte des Bâtiments de France » dans la Sarthe. Tu y as appris à travailler sous l’autorité des préfets et sous-préfets, mais aussi avec les élus et, surtout, avec le public. Rapidement promu en 2001 conservateur des Antiquités et des objets de la Sarthe, tu occupes cette fonction pendant plus de trois ans durant lesquels tu trouves quand même le temps de donner des cours à l’Université du Maine et à l’IUFM et de publier déjà plusieurs ouvrages.
Il y a dix ans, tu as été nommé conservateur régional des Monuments Historiques à la Direction régionale des affaires culturelles de Bretagne. Parce que cette région est la deuxième de France par le nombre de ses monuments historiques, ta responsabilité est importante. Appuyé des 16 membres de ton équipe que je tiens également à saluer (avec une attention spéciale à Christine), tu n’as pas simplement animé de ton expertise et de ton savoir-faire indéniable ce service de l’État. Un service héritier d’une tradition de deux siècles, pour la maîtrise d’ouvrage des travaux sur les monuments historiques appartenant à l’État, soit une dizaine de chantiers par an. Tu as aussi réussi à adapter, au cours des dernières années, ton service à d’importantes évolutions réglementaires. Celles-ci ont permis, sur les travaux pour les monuments historiques meubles et immeubles, un renforcement du contrôle de l’État, y compris sur les monuments ne lui appartenant pas. Tu n’es donc pas au seul service de l’État mais tu œuvres aussi directement pour les biens de tous nos concitoyens. C’est sur cette catégorie de monuments que se porte la majeure partie de ton travail, avec plus de trois cent chantiers par an.
 
            Le long de ce parcours, deux engagements me paraissent particulièrement saillants.
Le premier, c’est ta volonté de faire connaître notre patrimoine à nos concitoyens. Je ne pense pas seulement aux cours donnés, aux livres et aux articles écrits. Mais aussi à ton œuvre de restauration en elle-même. La restauration, inaugurée en novembre dernier, de la Métropole de Rennes est depuis considérée comme un modèle de réappropriation patrimoniale pour le public. Mais cette diffusion du patrimoine de la région ne se limite pas aux habitants et visiteurs de la Bretagne.
Elle touche aussi l’ensemble des Français quand tu fais découvrir aux téléspectateurs de France 3 les trésors que tu contribues à préserver, comme cette étonnante chapelle Saint-Gonery de Plougrescant et son clocher penché, les jardins remarquables du manoir de Kerdalo ou le château de Bienassis. Cette attention pour ce patrimoine du Nord de la Bretagne, me parle, moi qui suis née à Saint-Malo mais surtout qui y ai de la famille y résidant encore.  
Ton second engagement, et c’est celui qui, outre mon amitié, donne aussi à ma venue tout son sens, est le rayonnement de notre savoir-faire au-delà de la France. Déjà jeune architecte, tu menais tes premières missions de restaurations… en Tunisie. Tu y effectuais ton service national en coopération auprès de l’Institut National du Patrimoine à Tunis. Dans ce pays, tu réalisas une étude de terrain pour la mise en œuvre d’un plan de sauvegarde de la médina de Sousse et tu participas à la restauration à Sidi bou Saïd de la villa du baron d’Erlanger, cet autre grand gardien de mémoire, qui permit la préservation du patrimoine musical tunisien.
Plus récemment, en 2011, tu as rempli une mission de coopération au Laos qui t’avait été confiée par le Ministère des Affaires étrangères. Chargé d’organiser et d’animer et un atelier d’été sur le site de VatPhu reconnu patrimoine mondial par l’Unesco en 2001, tu as réussi à partager avec douze étudiants de la Faculté d’architecture de Vientiane l’expérience bretonne. Tu l’as adaptée au contexte local, pour faire un inventaire du patrimoine traditionnel du site et stimuler une sensibilisation de la population. Ces objectifs de formation et de sensibilisation ont si bien été atteints, qu’il semble qu’une deuxième mission associant des collectivités locales bretonnes dont le Conseil Régional et la Ville de Dinan (que j’aime particulièrement) soit bientôt prévue. Le Ministère des Affaires étrangères ne devrait donc pas seulement te féliciter d’avoir mené à bien les missions qui te sont confiées mais aussi d’agir toi-même en faveur de notre politique de coopération décentralisée !
 
Mais ton principal mérite ne tient pas qu’à ce rayonnement de notre culture et de notre savoir-faire. Ce qui (je pense et j’en suis d’ailleurs certaine) restera de ton service pour la République, c’est la valorisation de notre patrimoine maritime. Concernant ce patrimoine qui me tient tant à cœur, j’aperçois trois chantiers que tu mènes de front. 
Le premier, c’est de ne pas avoir seulement restreint ton action au patrimoine dans les limites géographiques de la France métropolitaine. Au contraire, tu l’as étendu par-delà les mers. Je me permets de convoquer à nouveau ton travail à Saint-Pierre-et-Miquelon, qui a commencé en 2009 et que tu continues encore aujourd’hui, notamment en décembre dernier quand tu as accompagné le Président de la République François Hollande pour lui présenter le volet patrimoine maritime. Mais je pourrais aussi mentionner ta mission, pour le compte de la Ville de Paris, sur la « Hauteville House », la maison de Victor Hugo à Guernesey.
Le second chantier, c’est celui qui tu mènes depuis 2007 pour les fortifications côtières, dont celles de Vauban, et je pense particulièrement à la Tour dorée de Camaret ou au Château du Taureau de la baie de Morlaix. Le premier site a été fait depuis patrimoine mondial de l’humanité par l’UNESCO. Le second, dont tu as dirigé la fin de campagne de rénovation, est l’un des rares châteaux-forts maritimes à être ouvert au public.
Enfin, ton troisième chantier, et c’est le plus méritant et celui qui me touche le plus, c’est ton souci pour ces hautes constructions solitaires mais si vitales pour nous habitants du littoral et leurs valeureux marins. En 2011, dans le Finistère, tu as lancé la première campagne de protection des phares depuis 1862. Depuis, huit phares finistériens ont été classés au titre des Monuments historiques. Et le rendez-vous avec le public est là : les phares bretons, qui ont su conserver cette authenticité si forte, sont de plus en plus visités. Sache que ceux de Galantry, à Saint-Pierre, et du Cap-Blanc, à Miquelon, t’attendent.
Cher Henri, ce soir, c’est un grand privilège pour moi, Française de Saint-Pierre-et-Miquelon venant de Bre
tagne, de Normandie et du Pays Basque, fille d’une terre de marins, de te remettre cette distinction, à toi qui fait rayonner notre patrimoine par-delà les mers.
Henri Masson, au nom du Président de la République et en vertu des pouvoirs qui nous sont conférés, nous vous faisons Chevalier de l’Ordre National du Mérite.