Pour des systèmes d'alertes contre les catastrophes climatiques partout

Annick Girardin a réuni aujourd’hui des représentants de l’organisation météorologique mondiale, du bureau des Nations unies pour la réduction des risques de catastrophes et des partenaires techniques et financiers pour mettre sur pieds, dans les pays les plus vulnérables, des systèmes d’alertes permettant de prévenir les populations en cas d’évènement climatique extrême : inondation, vagues de chaleur, cyclone…

Dans son discours, Annick Girardin a rappelé que cette initiative, proposée par Laurent Fabius lors de la Conférence de Sendai sur la prévention des risques en mars 2015, inscrite dans l’agenda des solutions de la Conférence Paris Climat 2015 et soutenue par les dirigeants du G7 lors du sommet d’Elmau en juin, permettra de sauver des vies et de réduire le coût des dégâts causés par les catastrophes climatiques :

Mesdames Messieurs,
Chers amis
 
Je veux commencer par vous remercier d’être présent aujourd’hui pour cette importante réunion sur les systèmes d’alertes. La France, est d’ailleurs, depuis quelques jours, en « alerte canicule ». Les services de Météo France et l’ensemble du gouvernement sont mobilisés pour apporter des conseils aux populations. Aujourd’hui, c’est près de la moitié du territoire métropolitain qui est concerné par des fortes chaleurs qui durent depuis quelques jours.
 
Après la canicule de 2003, dont les conséquences humaines ont été lourdes, la France a renforcé de manière importante son système d’alertes face aux risques climatiques. En 10 ans, les progrès ont été importants. Météo France, les médias, les services de santé, les hôpitaux, les acteurs qui s’occupent des personnes vulnérables, tout le monde dispose aujourd’hui des informations et des savoirs faire pour faire face à ce type d’évènement. Il en va de même pour les phénomènes de tempêtes et d’inondations qui frappent parfois nos côtes, en automne et au printemps.
 
La France n’est pourtant pas le pays le plus exposé ou le plus vulnérable au dérèglement climatique. Nous avons la chance d’un climat tempéré, mais aussi d’évènements climatiques certes parfois dramatiques, qui provoquent des pertes humaines, mais qui est sans commune mesure avec ce que vivent les pays les plus exposés.
 
Depuis la conférence de Sendai sur la prévention des risques de catastrophes, de nombreux évènements climatiques ont frappé un peu partout la planète. Nous avons tous en mémoire le cyclone PAM, qui a a frappé le Vanuatu en pleine conférence de Sendaï. J’ai d’ailleurs appris que les pertes humaines avaient été largement réduites en raison de la présence d’un système d’alerte performant. Depuis, des vagues de chaleur ont touchée l’Inde – les médias parlent de plus de 2000 morts – ou encore le Pakistan – avec ici aussi un nombre important de victimes. La Géorgie a été frappée par d’impressionnantes inondations. Et puis, et les médias en parlent moins, de nombreux pays d’Afrique ont connus eux aussi des évènements climatiques extrêmes. En avril dernier, je me suis rendue en Tanzanie, quelques jours après des inondations ayant fait de nombreuses victimes.
Je n’ai pas à vous faire ici la démonstration de l’importance des systèmes d’alertes face à la multiplication des catastrophes climatiques. Je sais qu’il faut encore prendre de nombreuses précautions, car il est difficile de rattacher ces évènements singuliers au dérèglement climatique. Mais vous connaissez aussi bien que moi la parole des scientifiques qui nous disent que ces évènements ne sont qu’une bande annonce de ce qui pourrait devenir un mauvais feuilleton sur la planète.
 
Lors de la Conférence de Sendaï, pour renforcer les discussions sur le cadre d’action qui a été adopté, la France a proposé un objectif simple : mobiliser la communauté internationale pour accompagner les pays les plus vulnérables, notamment les petites îles et les PMA dans le développement de systèmes d’alertes face au climat. C’est pour la France un enjeu de responsabilité, que de partager nos savoirs faires et nos compétences au service des pays les plus exposés au dérèglement climatique.
 
De nombreuses actions sont déjà conduites par nos pays. J’ai eu l’occasion d’en parler avec nos amis du Japon, de la Norvège, que je salue ici, et avec bien d’autres. La communauté internationale se mobilise déjà, autour notamment des équipes de l’OMM, cher Christian, de l’UNISDR, cher Neil, ou encore de la Banque Mondiale. Le Cadre d’action global pour les services climatologiques (GFCS) a permis de nombreuses avancées.
Mais nous sommes encore loin du but. Les pays les moins avancés et les petits Etats insulaires ne disposent pas aujourd’hui tous de systèmes d’alertes performants. Selon les travaux que nous avons menés dans la préparation de cette réunion, plus de 80% des PMA ont un système d’alerte basic. Pour 15 pays, il n’existe tout simplement pas. Dans les Etats insulaires, c’est la même chose. Seuls 4 ou 5 Etats sur près de 40 disposent d’un système performant.
Or on le sait aujourd’hui, les systèmes d’alertes permettent de sauver des vies, et de réduire considérablement le coût économique des catastrophes. Pourtant, en Afrique, plus de la moitié du territoire n’est pas couvert par l’observation météo. Selon l’OMM, 54% des stations de surface et 71% des stations météo atmosphérique ne produisent pas de données.
 
C’est pour cela que la France, en coordination étroite avec la Norvège, l’OMM, UNISDR et la Banque Mondiale a lancé cette coalition, appelée CREWS  en anglais.
Cette coalition, son objectif est simple : renforcer et amplifier l’action de la Communauté Internationale en appui des systèmes d’alertes dans les pays vulnérables. Pour cela il nous faut mobiliser des financements complémentaires pour appuyer et renforcer les actions que nous mettons déjà en œuvre, afin de parvenir à une couverture globale des populations exposées aux évènements climatiques extrêmes d’ici 2020.
 
Soyons clair, cette initiative, elle n’a pas pour objectif de créer une nouvelle institution. Elle est avant tout guidée par un objectif opérationnel. Je veux rendre ici un hommage appuyé à tous ceux qui travaillent depuis de nombreuses années sur ces sujets, qu’il s’agisse de l’OMM avec Michel Jarraud, qui est à l’origine de cette idée, des équipes de M. Margareta Wahlström à l’UNISDR qui coordonnent, au quotidien, la communauté de la prévention des risques, ou encore de la Banque Mondiale et des équipes de Rachel Kytes qui a développé à travers le GFDRR de nombreux programmes de renforcements des infrastructures météo. Je veux aussi ici saluer le travail fait par la Norvège autour du cadre global sur les services climatiques, qui mobilise la communauté internationale sur une série d’activité allant des systèmes d’alertes à la modélisation du changement climatique.
 
L’objectif de la France, dans cette initiative, c’est de saisir l’opportunité de la COP21 pour mobiliser la communauté internationale afin qu’elle apporte une réponse aux attentes des pays les plus vulnérables. Ceux-ci font de l’adaptation une priorité. Or sans donnée météo, sans systèmes d’alertes, il n’est pas possible de penser l’adaptation. Comment un agriculteur du Sahel peut-il avoir accès à l’assurance si les risques et leurs alertes sont inconnus ? Comment un investisseurs peut-il s’engager dans le financements d’un projet dans une région exposé au cyclone s’il n’a pas l’assurance de pouvoir être prévenu en cas de tempête ?
 
Grâce au travail fait avec l’ensemble des partenaires autour de table, nous avons aujourd’hui une vision claire des besoins. Il nous faut maintenant y répondre. C’est pourquoi la France a proposé que CREWS soit une coalition structurée autour d’un fonds fiduciaire – j’y reviendrai – placé auprès du GFDRR, et d’un secrétariat léger, placé à Genève auprès de l’OMM et de UNISDR, afin que cette coalition se dote des moyens de ses ambitions.
 
L’objectif c’est de mobiliser des contributions pour combler les manques. Permettre que sur le terrain, les acteurs puissent, à la fois au niveau régional, national et local, travailler dans de bonnes co
nditions. Que les populations, qui disposent presque toutes aujourd’hui de téléphones portables et d’autres moyens modernes de communication puissent être alertés en temps et en heure de la menace d’une catastrophe.
Je prendrais un seul exemple : A New York, pendant une des nombreuses réunions de l’ONU, j’ai reçu sur mon portable – sans jamais rien avoir demandé d’ailleurs – un SMS d’alerte sur le risque d’inondation. La ville de New York a en effet mis en place, après l’ouragan Sandy, un grand programme de prévention des risques. Ce type d’expérience montre que c’est possible est assez simple. Nous devons les partager.
 
Alors où en sommes-nous aujourd’hui ?
 
D’abord les besoins. Nous avons une idée assez précise de ce qu’il faut faire. L’ensemble des partenaires ont travaillé pour identifier les actions à mener. Ils vous seront présenté dans le détail cet après-midi, et devront être affiné pour le mois de septembre, afin d’avoir une vision complète des choses.
 
Ensuite nous avons recensé l’existant, les engagements déjà pris, les programmes déjà en cours. C’est une bonne nouvelle, nous ne partons pas de rien. Mais il reste encore des pays ou des régions en dehors de ces programmes. C’est pour ceux-là qu’il faut poursuivre notre mobilisation.
 
Enfin, il y a la question des moyens. Ils sont à notre portée. En mobilisant environ 100 millions de dollars d’ici 2020, nous devrions pouvoir changer la donne dans la plupart des pays. Sur ce point, et après vous avoir présenté concrètement l’initiative, la France est prête à s’engager. Elle attend désormais de ses partenaires qu’ils fassent de même. Je voudrais que d’ici le mois de septembre, nous ayons pu rassembler nos forces pour réunir cette somme. Nous avons aussi un vrai intérêt de la part de pays comme le Mexique, Cuba, et d’autres, qui disposent d’une expérience qu’ils sont prêts à partager, par exemple au niveau régional. Sur la question des moyens, je veux aussi mobiliser les entreprises, de l’assurance et des nouvelles technologies car elles peuvent jouer un rôle important autour des systèmes d’alertes.
Sur tous ces points, je serai personnellement mobilisée jusqu’à la COP21. Car cette conférence, vous le savez tous, elle est une étape majeur dans la lutte contre le dérèglement climatique. Elle vise à construire un accord ambitieux, universel et contraignant. La France, conjointement avec le Pérou, a proposé de compléter les négociations internationales sur le climat par ce qu’on appelle l’agenda des solutions et de l’action. C’est un espace de mobilisation, construit autour du plan d’action de Lima à Paris pour le climat, qui vise à mobiliser tous les acteurs, et la communauté internationale, pour apporter des solutions immédiates et concrètes aux populations. Les systèmes d’alertes en font évidemment partie.
 
Le G7 a récemment insisté sur cette initiative et sur le renforcement des systèmes d’assurance face aux risques climatiques dans les pays les plus pauvres. Je suis convaincu que notre responsabilité, c’est d’apporter aux citoyens de l’Océan Indien, du Pacifique, de la Caraïbes, de l’Afrique et de tous ceux qui sont exposés aux catastrophes climatiques, des systèmes d’alertes permettant de sauver des vies.