Discours pour les Journées du Réseau

150718 Journée du réseau
Madame la directrice générale,
Mesdames et messieurs les conseillers, directeurs, et attachés,
Mesdames et messieurs, chers collègues,
 
C’est un plaisir de vous retrouver, un an après notre première rencontre. Une année active, jalonnée de ces imprévus qui rendent notre action au service des Français et auprès de nos partenaires extérieurs à la fois exigeante et passionnante.
Dans le tourbillon de l’actualité, nos traditionnelles journées du réseau sont un moment privilégié de rencontre et de réflexion. L’occasion de prendre un peu de recul sur l’année passée et d’anticiper les prochaines étapes, pour mieux concentrer notre effort.
En prenant ce recul, deux choses me frappent particulièrement.
  1.  la première, je l’ai senti cette semaine à Addis Abeba, c’est que la communauté internationale est plus que jamais consciente de l’imbrication de nos destins, de la finitude des ressources de notre planète, et donc consciente aussi de la nécessité de construire des réponses collectives  de long terme aux défis de la pauvreté, des pandémies, du dérèglement climatique
  2. la seconde, c’est que les urgences ont rarement été aussi pressantes. La guerre en Syrie et ses 4 millions de réfugiés ; la Méditerranée qui recueille chaque jour des centaines de migrants ; Ebola, qui tue encore en Afrique de l’ouest ; des États de notre voisinage Sud, de l’Atlantique à la corne de l’Afrique, fragilisés par le terrorisme, qui s’ajoute à la faiblesse des institutions et des ressources domestiques… Vous le voyez sur le terrain mieux que personne : ces défis n’attendent pas les déclarations finales des conférences. Ils appellent des réponses d’urgence, ici et maintenant.
 Notre opinion publique reflète cette double exigence. Elle attend du Gouvernement qu’il prépare l’avenir par des investissements responsables, qui porteront des fruits dans le long terme. Elle exige aussi des réponses immédiates à ses problèmes, à ses peurs. Les attentats de janvier contre Charlie Hebdo et l’Hyper Kasher ont marqué à juste titre les esprits. Nous devons, comme responsables politiques ou comme fonctionnaires, être à la hauteur =) et tracer un chemin sur cette étroite ligne de crête entre le temps long et l’urgence immédiate.
Commençons par la construction de réponses collectives aux défis globaux. Cette démarche est au cœur de notre agenda multilatéral de 2015.
En septembre prochain, à New York, nous poserons les bases d’un nouvel agenda international pour les 15 ans à venir, en adoptant les objectifs de développement durable qui apporteront une double percée : D’abord, par leur portée universelle, en rupture avec la logique Nord-Sud qui prévalait jusqu’alors. Ensuite, par l’amplitude des secteurs d’intervention identifiés. Des sujets essentiels pour nous tels que le genre, la couverture santé universelle et la gouvernance, jusqu’alors très clivants, seront intégrés par toute la communauté internationale. C’est une étape fondatrice qui permettra de canaliser les investissements de tous les acteurs dans une même direction.
Car c’est une autre percée de cette année 2015 : la reconnaissance de la contribution de tous les acteurs au financement du développement. Cette question était au cœur de la conférence d’Addis Abeba, dont je reviens. A Addis, nous avons dépassé une vision centrée uniquement sur l’aide publique au développement. Les financements innovants, les outils de mixage pour lesquels la France est en pointe, mais aussi la contribution du secteur privé et associatif, celle des collectivités locales, sont désormais pleinement reconnus. L’AFD est à l’avant-garde par sa démarche centrée sur le financement des acteurs locaux. Les pays du Sud vont aussi être amenés à participer de plus en plus. C’est une question de justice et de responsabilité.
Tout ceci ne veut pas dire que nous renonçons à l’APD.
Tant que des pays seront vulnérables, et c’est le cas, notre devoir est d’être solidaire. La France a d’ailleurs réaffirmé son adhésion à l’objectif de consacrer 0,7 % de son RNB à l’APD, même si nous savons que la situation de nos finances publiques ne nous permettra pas d’atteindre cet objectif dans l’immédiat.
C’est aussi la première fois que le lien entre développement et climat, démontré sur le terrain, est mis en avant de façon aussi ambitieuse dans un texte international. Le climat, vous le savez tous, c’est le grand défi dont nous avons accepté de porter la responsabilité en tant que présidence de la COP. C’est aussi le grand défi de tous ceux qui veulent agir pour un monde plus responsable et plus juste. C’est ce que j’ai voulu résumer sous la formule d’un monde « zéro carbone et zéro pauvreté ». Car le dérèglement climatique est une machine à produire de la pauvreté et des crises si nous ne faisons rien.
Ces nouvelles approches collectives, il nous faut aussi les traduire dans les faits, en mobilisant l’ensemble de nos instruments, de nos opérateurs et de nos partenaires. Plus que jamais, le développement durable est affaire de réseaux et de partenariats, et non plus l’action isolée d’une administration ou d’un opérateur.
Quelques exemples concrets pour illustrer cette démarche.
Sur le climat, parallèlement à la recherche d’un accord à Paris, nous devons montrer que des réponses concrètes à des problèmes qui se posent aujourd’hui sont possibles. C’est le sens de l’initiative que nous avons lancée à Sendaï, en mars dernier au Japon, sur les systèmes d’alerte précoce face aux catastrophes climatiques pour les pays les plus vulnérables. L’objectif est simple : réduire le coût humain et financier de ces catastrophes climatiques.
Je sais aussi que vous avez largement contribué, à travers tout le réseau, au succès de la mobilisation pour le grand débat citoyen planétaire en juin dernier et à l’élaboration des contributions nationales. Cette mobilisation, il faudra la poursuivre jusqu’à la COP, mais aussi après, car la conclusion d’un accord à Paris sera un point de départ et le climat restera pour longtemps un axe structurant de nos actions.
 
Autres exemples de mobilisation concrète : l’appui à des coalitions d’acteurs pour l’innovation sociale.
Le président de la République a lancé en 2015 le concours « la France s’engage au Sud », dont l’objectif est de mettre en lumière le potentiel d’énergie et d’innovations qui existe au Sud. Je sais que vous êtes très mobilisés pour faire remonter des projets, continuez !
 Autre exemple, le projet que j’ai pu voir fin 2014 au Sénégal, près de Ziguinchor, où une ONG, une multinationale et une collectivité locale, avec un peu d’aide de l’AFD, sont parvenues à équiper un village isolé en énergie solaire. Pris isolément, ces projets peuvent paraître anecdotiques. Mais, répliqués à une plus large échelle, ils peuvent apporter une contribution significative au développement. Déjà, Schneider et Danone ont lancé des fonds pour l’accès à l’énergie ou pour l’agriculture familiale en Afrique subsaharienne. L’AFD adapte progressivement ses outils pour accompagner ces nouveaux acteurs. Notre rôle, votre rôle, c’est d’encourager et d’appuyer ces dynamiques localement.
Ces chantiers multilatéraux de l’année 2015 sont un profond motif d’espoir. Mais, certaines urgences ne peuvent attendre et nécessitent une action immédiate.
 
Je pense à la lutte contre Ebola, qui a fortement mobilisé un grand nombre d’entre nous. Je salue le travail mené par les équipes du ministère et du réseau dans toute la région, pilotées par la Task Force Ebola. J’ai une pensée particulière pour notre dispositif à Conakry, de l’ambassade à l’AFD, en passant par nos centres de recherche et les ONG françaises engagées sur le terrain, sans oublier l’équipe du lycée français. J’ai pu mesurer leur dévouement lors de mes trois déplacements sur le terrain, au plus fort de l’épidémie.
Tout n’est pas réglé, mais nous pouvons être fiers de notre action. Je présiderai en octobre prochain une réunion de retour d’expérience pour tirer en toute objectivité et transparence les leçons de ce qui a marché et de ce qui doit être amélioré : je crois fermement qu’il est essentiel de capitaliser lucidement sur nos expériences pour gagner en efficacité.
 
Autre crise qui appelle une réponse rapide, celle des migrants qui risquent chaque jour leur vie pour traverser la Méditerranée.
 
Ma conviction de secrétaire d’Etat chargée du développement, c’est qu’une solidarité responsable est au cœur de la réponse. Le respect des règles de circulation des personnes est indispensable et doit être assuré. C’est nécessaire dans un Etat de droit comme le nôtre. Mais, il est illusoire de penser résoudre durablement cette crise par des actions de nature purement sécuritaire : ce n’est ni efficace, ni conforme à nos valeurs. La solidarité, c’est d’abord le respect du droit d’asile. La solidarité, c’est aussi l’aide au développement, qui doit pouvoir offrir des perspectives de vie décente à ces populations, en particulier à la jeunesse.
 
La jeunesse, vous vous en souviendrez, est un des chantiers que j’avais souhaité ouvrir l’an dernier, ici même. Depuis, nous avons élaboré un document de stratégie pour cadrer notre action, mobiliser l’ensemble de nos partenaires pour la jeunesse, pour renforcer le dialogue sur le défi démographique et pour donner une cohérence à nos actions en faveur de la santé, de la formation et de l’employabilité, y compris en milieu rural.
 
A partir de l’exemple du Tchad, un atelier fera le point dans quelques minutes sur le rôle attendu par les postes dans ce contexte. Je veux d’ores et déjà saluer les initiatives que vous avez prises, notamment au Maghreb, à destination de la jeunesse. Je pense par exemple au Forum de la jeunesse de Tunis, auquel j’ai participé début mai. La France doit être aux côtés de la jeunesse du monde et le faire savoir !
 
Agir en faveur de la jeunesse du Sud, c’est aussi construire des ponts avec la jeunesse du Nord. C’est pourquoi je veux simplifier et amplifier le volontariat de solidarité internationale, en cohérence avec l’impulsion donnée par le Président de la République sur le service civique. J’ai lancé une évaluation de politique publique sur ce sujet, pour préparer des décisions qui devront intervenir avant la fin de l’année.
 
Mais, face à l’ampleur et à la complexité des problèmes à l’origine du pic de migrations que connaît actuellement la Méditerranée, notre action sera sans lendemain si elle ne trouve pas rapidement des relais, notamment européens.
 
Ce sera l’enjeu du sommet Union Européenne-Union africaine qui se tiendra à La Valette, en novembre 2015. Avec la Commission et les autres Etats-membres, nous travaillons à une réponse d’ampleur, dotée de ressources significatives pour s’attaquer aux racines des migrations irrégulières et du trafic d’êtres humains. Les actions en direction de la jeunesse seront également ciblées, j’y travaille avec mes collègues allemand et néerlandaise.
Une fois ces ressources identifiées, il restera à faire émerger des projets et bien sûr à positionner nos opérateurs. Ceux d’entre vous qui sont en poste au Sahel auront un rôle majeur à jouer.
 

Mesdames et Messieurs,

 
Pour affronter ces défis, nous devons mobiliser tous nos atouts. La France possède un trésor qu’elle sous-estime trop souvent : sa langue et sa culture. Le français est la plus forte des langues globales après l’anglais. Elle porte un modèle de diversité culturelle alternatif au modèle dominant. L’image, les valeurs, le patrimoine forment un tout avec la langue et constituent pour notre pays un gisement d’influence, mais aussi un atout économique. L’opération Goût de France, les journées, semaines ou mois de la francophonie dont vous êtes les premiers acteurs, sont autant de pierres à cet édifice. Le réseau France Alumni aussi, qui doit autant que possible se doubler de rencontres dans le monde réel et pas seulement via internet.
 
Lors de presque tous mes déplacements, j’ai tenu à me rendre dans les Instituts français, une quinzaine en un an : ce sont des lieux d’échange au cœur de notre stratégie d’influence. Et cela n’est possible que grâce à votre mobilisation quotidienne et à la créativité de vos équipes, y compris pour trouver des moyens, j’en suis bien consciente.
 
Les moyens, nous y voilà ! Pour mener à bien nos actions, il faut des ressources.
 
La loi d’orientation et de programmation sur la politique de développement et de solidarité internationale, adoptée il y a un an, nous a apporté le cadre indispensable pour assurer la cohérence et la légitimité de nos actions. C’est pourquoi j’ai veillé à ce que sa mise en œuvre soit exemplaire.
 
Le Conseil National du Développement et de la Solidarité Internationale, créé par la loi pour dialoguer avec la société civile, s’est déjà réuni quatre fois. Il a permis de faire avancer notre réflexion sur des sujets comme le climat, la jeunesse ou le financement du développement. Notre position internationale n’en a été que confortée, je l’ai vu à Addis Abeba. L’observatoire de l’évaluation, prévu par la loi, sera bientôt en place.
 
Expertise France, également créé par la loi, par la fusion de 6 opérateurs d’expertise technique dispersés entre quatre ministères, est désormais opérationnel. Ce nouvel outil complètera notre offre financière pour le développement par une offre d’expertise absolument indispensable, car les financements internationaux ne sont utiles que s’ils rencontrent des compétences locales pour les mettre en œuvre. Déjà, Expertise France s’est impliqué dans l’élaboration des contributions nationales sur le climat et sur la crise Ebola. Je compte sur vous tous pour aider ce nouvel opérateur à se positionner le plus en amont possible lors de l’émergence du besoin d’expertise.
Au-delà de ce cadre conceptuel, il faut aussi des ressources budgétaires et humaines pour mener à bien nos missions. Je voudrais dire un mot des grandes évolutions qui doivent nourrir notre réflexion sur le rôle des SCAC :
  1.  évolution, d’abord, des moyens mis à notre disposition : vous le savez, notre budget n’échappe pas à l’effort de redressement des comptes publics, qui se poursuit. Nous nous sommes battus, avec Laurent Fabius, pour préserver l’essentiel, car nous croyons à l’utilité de ces investissements. Mais je veux être claire : nos crédits ne vont pas augmenter, cette année encore. D’autre part, une autre tendance lourde se dessine : les crédits sont de moins en moins mis en œuvre directement par les postes et de plus en plus par d’autres opérateurs, bilatéraux ou multilatéraux. La question de l’orientation, du suivi et de la valorisation politique de cet effort de la France doit être au cœur de vos missions ;
  2. évolution, ensuite, de nos interlocuteurs. J’en ai déjà dit un mot : Etat, collectivités locales, secteur privé, ONG, autres bailleurs bilatéraux et multilatéraux : vos partenaires sont désormais multiples. Les SCAC sont aussi amenés à tisser des liens de plus en plus forts avec les milieux économiques et associatifs français : chambres de commerce et d’industrie bilatérales, service économique… Il s’agit d’autant d’occasions d’un ancrage du SCAC dans la diplomatie économique et de sa participation à des opérations conjointes d’influence.
 
Notre organisation, nos outils, nos modes d’action doivent évoluer en conséquence, en administration centrale comme dans les postes. Christian Masset vous a parlé hier de la réflexion lancée par Laurent Fabius sur le Ministère du XXIème siècle, dont les conclusions seront dévoilées lors de la semaine des Ambassadeurs.
 

 

Chers amis,
 
2015, c’est l’année de  la responsabilité pour faire face au dérèglement climatique, l’année de la solidarité pour répondre à ceux qui prônent la haine et la terreur. Au service du développement et de la francophonie, vous contribuez tous, chaque jour, à construire la réponse de la France à ces défis.
 
Je vous en remercie.