Discours au 100e congrès des Radicaux de Gauche

Plus ancien parti politique de France et deuxième composante de la majorité présidentielle, le Parti Radical de Gauche tenait son 100e Congrès ce dimanche 20 septembre 2015. Aux côtés des deux autres membres radicaux du gouvernement, Sylvia Pinel et Thierry Braillard, Annick Girardin a pris la parole devant le Premier ministre Manuel Valls, qui avait fait le déplacement, et le Jean-Michel Baylet, qui venait d’être réélu président du parti, pour rappeler le caractère singulier des Radicaux de Gauche et la réponse universaliste qu’ils doivent porter en France et en Europe face aux défis du début du XXIe siècle.

 

150922 Congrès PRG

Discours au 100e congrès du Parti Radical de Gauche

Seul le prononcé fait foi

Cher Manuel, Cher Jean-Michel, chers amis,
 
C’est toujours un plaisir de vous retrouver dans ces grands moments de notre parti : les congrès, les forums, les universités d’été… Ces temps permettent à chacun d’échanger sur ses inquiétudes, ses convictions, ses espérances. Et je remercie tous ceux qui ont participé à ces débats. Tous ceux qui les ont animés. Tous ceux qui les ont organisés et je pense en particulier aux permanents du parti.
Permettez-moi aussi de profiter de cette tribune pour féliciter notre Président de sa réélection. Et de le remercier de tout le travail réalisé, avec Guillaume Lacroix, ces 3 dernières années.
Je tiens également à saluer le Premier ministre, qui nous fait l’amitié et l’honneur d’être parmi nous ce matin. Cela fait maintenant un an et demi que nous travaillons ensemble et je dois avouer que j’apprécie particulièrement votre souci de l’efficacité et du collectif, votre franc-parler et vos idées, votre préoccupation pour les autres et avant tout au service des Français, de la France, de la République.
Lors de nos débats, nombre d’entre vous ont fait le même constat : nous vivons une crise politique aigüe. Je crois qu’un mal profond en est à l’origine : pour moi, la crise actuelle est avant tout une crise de l’universel. Cette crise de l’universel a 3 symptômes fondamentaux :
  1.  La difficulté de penser le monde dans son ensemble, en tenant compte de toutes les populations de notre planète ;
  2. La difficulté de considérer les divers défis dans leur globalité, sans les segmenter ou les opposer ;
  3. La difficulté de concilier les identités individuelles avec une conscience universelle.
Permettez-moi d’exposer ces éléments, point par point.
D’apporter des éléments de réponses. De présenter des initiatives qui donnent de l’espoir.Le premier symptôme de la crise de l’universel, c’est la difficulté de penser le monde dans son ensemble.
La crise des réfugiés que nous connaissons actuellement en est un exemple. Elle prend source dans le conflit syrien, dans le conflit irakien, dans le conflit israélo-palestinien dans lequel les Américains, les Européens ont été impliqués d’une façon ou d’une autre. Aujourd’hui, cette crise nous touche directement.
Je suis persuadée qu’on ne résoudra pas cette crise en dressant des barrières, des barbelés, des murs. Ni en remettant en cause l’espace Schengen, à la base du projet européen. Nous ne devons pas non plus ignorer qu’avant d’être des réfugiés, ces personnes sont des êtres humains.Je m’oppose aussi à ceux qui nous expliquent qu’il y aurait les « bons » réfugiés d’un côté et les « mauvais » réfugiés de l’autre. Comme si éviter de mourir sous les bombes était plus noble à leurs yeux que d’éviter de mourir de faim !
D’ailleurs, nombre de Français ne se sont pas trompés et l’appel à la solidarité, à gauche, est d’une ampleur dont nous pouvons être fiers.
Je parle ici des migrants. Mais je pourrais aussi vous parler de la crise d’Ebola. Ou du Djihadisme. Des problématiques qui doivent être pensées globalement si l’on veut pouvoir y apporter des réponses sur le long terme.
Cette approche globale, c’est celle qui prévaut sur la question du climat. Il y a peu, la question climatique était le symbole de cette difficulté à penser le monde dans son ensemble.
Aujourd’hui, elle pourrait devenir un modèle : la prise de conscience climatique est globale, la mobilisation est générale.
Et vous savez tous les efforts que je déploie aux côtés du Président de la République, avec Laurent Fabius et Ségolène Royal.
Bien sûr, rien n’est acté. Les défis de la Conférence climat qui se tiendra à Paris début décembre, demeurent immenses.
Certains oiseaux de mauvais augure parient même sur son échec. Faire ce pari, c’est ignorer que l’accord que nous entendons conclure à Paris repose sur 4 piliers :

  1. L’accord en lui-même, qui devra être universel et juridiquement contraignant.
  2. Les contributions nationales, c’est-à-dire les efforts que chaque pays s’engage à mettre en œuvre ;
  3. Le financement et les transferts de technologies pour soutenir les pays en développement ;
  4. L’agenda des solutions, c’est-à-dire les initiatives innovantes qui contribuent à lutter contre le dérèglement climatique.
Tous les objectifs ne seront peut-être pas atteints. Mais depuis des mois nous avons considérablement avancé sur tous ces sujets. Quel que soit l’accord final, il y aura un avant et un après Paris. A Paris, je peux vous le dire : nous ferons des pas de géant !
Ces négociations climatiques nous apportent aussi des enseignements pour penser et organiser le monde de façon globale :
  • Il faut réformer et renforcer les organisations internationales et l’implication des ONG, des entreprises, des chercheurs, des citoyens. Si la COP21 est le plus grand évènement diplomatique que la France ait jamais organisé, ce n’est pas par souci de grandeur, mais parce que la question climatique nécessite l’implication de tous.
  • Il faut une plus grande implication du pouvoir politique dans les organisations internationales. On le voit sur le climat : lorsque les négociations sont laissées aux seuls technocrates, celles-ci avancent trop lentement. Même si la formation d’un Parlement mondial parait prématurée, la réflexion autour de cette question devra être engagée.
  • Il faut une plus grande solidarité à l’internationale, entre pays, entre citoyens du monde. Des initiatives existent, que l’on doit généraliser. Par exemple, il y a le fonds Vert pour le climat de 10 milliards de dollars. Il a été créé il y a un an pour financer et accompagner les pays les plus vulnérables à s’adapter et à lutter contre le dérèglement climatique.
Il y a bien sûr l’aide aux pays en développement. Les besoins sont immenses. Chaque acteur doit prendre sa part : les ONG, les entreprises, les élus locaux… Et je remercie tous ceux qui oeuvrent dans leurs territoires en faveur de la coopération décentralisée – je sais qu’ils sont nombreux ici.L’autre symptôme de la crise de l’universel, c’est la difficulté de penser les problématiques dans leur globalité. Nous avons tendance à tout segmenter, à tout opposer.Je le vois, par exemple, lorsque certains opposent lutte contre la pauvreté et lutte contre le changement climatique. Comme si la lutte climatique allait freiner la croissance et donc accroitre la pauvreté. Ce raisonnement est faux.
Au contraire, la transition énergétique est génératrice d’emplois et de croissance.
Les populations les plus touchées par le changement climatique sont les populations les plus vulnérables.
Plutôt que d’opposer pauvreté et climat, notre combat doit être conjoint. Notre objectif, c’est un monde « zéro carbone, zéro pauvreté ».
Pour éviter de segmenter les problèmes, une réflexion a été engagée aux Nations Unies pour fixer des objectifs de développement durable applicables à tous les pays du monde. Ces objectifs seront adoptés la semaine prochaine à New York, où je me rendrai. Ils concerneront aussi bien la pauvreté, le climat, le genre, la santé, les Droits de l’homme. Ils constituent une feuille de route mondiale pour les 15 prochaines années.
Cette démarche doit être dupliquée au niveau national pour apporter plus de lisibilité à l’action politique. Car ce que nos concitoyens nous reprochent, c’est avant tout le manque apparent de cohérence dans notre action. Les Français ont besoin d’avoir un horizon, de connaître notre projet politique pour la France d’abord, pour l’Europe aussi et pour le monde.

Malheureusement, le FN est le seul à tenir un propos constant et, en apparence, cohérent. Evidemment, nous détestons et combattons leurs idées ; que serait la France s’ils accédaient au pouvoir ! Mais on ne peut que constater un discours constant : dans son populisme, dans sa mauvaise-foi, dans sa haine. Il nous faut impérativement déterminer une trajectoire qui soit cohérente.

Cohérente dans l’espoir qu’elle suscite.
Cohérente dans la solidarité qu’elle promeut.
Cohérente dans les libertés qu’elle défend.

Pour être suivis, il faut au moins donner le point d’arrivée, la durée et les conditions du voyage. Y compris les efforts à réaliser ! Il ne faut pas négliger la part de rêve et d’espoir dont chacun a besoin pour avancer. Et je sais que le Président de la République et le Premier ministre travaillent en ce sens.
Nous devons montrer en quoi tous les défis – les inégalités, la construction européenne, les freins au développement économique, la pollution, l’isolement de certains territoires et notamment ceux en milieux ruraux et dans les outre-mer – sont liés entre eux et comment une vision globale est indispensable pour apporter des réponses concrètes qui parlent aux citoyens.
Selon moi, cette trajectoire devra nécessairement prendre en compte les aspirations de la jeunesse. Une jeunesse qui demande, à l’image des JRG, d’être mieux considérée au sein de la vie citoyenne ; qui demande que l’on s’occupe de leurs difficultés – le chômage, la pauvreté, l’accès au logement.

Les problèmes qu’ils rencontrent ne sont pas propres à leur génération. Mais chez eux, ces problèmes sont encore plus prégnants. Leurs maux symbolisent à eux seuls la crise que je vous décrie : une société qui oublie ses enfants, c’est une société qui renonce à l’universel. C’est pourquoi la jeunesse est la grande priorité du gouvernement.

Le troisième symptôme de cette crise, c’est la difficulté de concilier les identités individuelles avec l’universel.
Que chaque individu prenne conscience de sa valeur et de la valeur de l’autre est un formidable progrès. Et notre parti a lutté en ce sens, en promouvant les droits individuels chaque fois qu’il le pouvait.
Mais j’en suis convaincue : sans dessein collectif, un modèle de société basé sur l’individu ne peut fonctionner. Léon Bourgeois ne disait pas autre chose lorsqu’il parlait de solidarisme.
L’enjeu est double : il faut accompagner et protéger le développement des identités individuelles tout en promouvant le collectif et le vivre-ensemble. Car l’un ne va pas sans l’autre.
Comment peut-on promouvoir le collectif si on exclut certaines personnes ? Comment quelqu’un peut-il participer activement à la vie en société si son identité est rejetée ?

Pour moi, il est essentiel de donner à chaque personne, la possibilité de s’accomplir, de décider pour lui-même. Et cela passe par de nouveaux droits : le vote des étrangers aux élections locales, l’accès à la PMA, le droit de mourir dans la dignité…
Cela passe aussi par la défense de principes fondamentaux tels que la laïcité, seule à même de permettre à chacun de croire ou de ne pas croire. Combattons l’extrême droite, qui pervertit et manipule la laïcité pour mieux exclure !
Favoriser le vivre-ensemble, c’est aussi protéger la diversité culturelle et en particulier les langues, qui constituent un fort vecteur d’identité.
Certains disent que la francophonie est un combat d’arrière-garde.
Je ne suis pas d’accord ; c’est tout le contraire ! Ce qui est ringard, c’est se satisfaire de l’homogénéisation des cultures.
Enfin, nous ne parviendrons pas à replacer le collectif au centre de la vie en société sans renouveau idéologique. Car sans idéaux, les citoyens n’ont que leur nombril pour horizon. Les idéaux sont là pour dépasser les égoïsmes, nationaux et individuels, et s’attacher à un dessein plus grand que son existence.

Les Français n’ont jamais été aussi conscients de l’interconnexion entre les citoyens du monde. Ces liens les effraient, au point où nombre de nos concitoyens sont tentés par le repli. Voilà le défi : faire comprendre que l’universel est une chance.

Qui mieux que nous peut porter ce message ? Notre formation politique possède toutes les ressources pour combattre la crise de l’universel et donc la crise actuelle.
Nous sommes humanistes. Nous sommes solidaristes. Nous sommes fédéralistes européens, profondément universalistes.
La solidarité est au cœur de notre pensée politique, tout autant que le respect des libertés individuelles. Nous portons une vision de long terme qui a su perdurer au travers des décennies.
Dans cette bataille des idées, notre parti peut revenir au centre du jeu politique. C’est un devoir envers nous-mêmes, un devoir envers les citoyens. Un devoir envers la République. Car si nous ne portons pas ce message, qui le fera ?
Le nouveau programme adopté hier est une étape fondamentale en ce sens.
Dès les régionales, notre message clarifié doit être porté. Car l’idée d’universel, c’est aussi du concret, c’est local. C’est l’écoute des autres. C’est de l’engagement au plus proche des citoyens. C’est une action collective dans les transports en commun, dans l’accès à l’emploi, dans le développement économique !

Nous percevons partout le frémissement de la recherche d’universel. On décèle une lueur d’espoir. Portons cet espoir !
Dans nos actions en ville, à la campagne, dans les Outre-Mer ! Accompagnons ces nouvelles aspirations ! Retroussons-nous les manches ! Pour la République ! J’ai confiance. J’ai confiance dans les Radicaux ! J’ai confiance en nous !