Retour sur ma 1ère visite officielle à SPM, 8 mois après ma nomination en tant que ministre de la Mer

Ces 3 jours de visite officielle dans notre Archipel ont été intenses. J’ai souhaité dans cet article, revenir sur quelques points.

Bonne lecture !

Annick GIRARDIN

HOMMAGE A NOS MARINS DISPARUS

La toute première étape de ma visite officielle a débuté par un dépôt de gerbe au monument des marins disparus. C’est avec beaucoup d’émotion que nous nous sommes recueillis tous ensemble : Préfet, élus, services de l’Etat (DTAM, affaires maritime, marine nationale) et associations, pour rendre un hommage appuyé à nos marins disparus en mer et à tous ceux qui ont fait naufrage sur nos côtes.

J’ai profité de ce moment pour échanger avec les associations présentes : les membres de la société de marins d’abord puis les bénévoles de la SNSM. Ils sont en première ligne quand un accident en mer survient, toujours prêts à risquer leur vie pour en sauver d’autres. Depuis le depuis le début de ce quinquennat, je mets un point d’honneur à aller saluer leur engagement sans faille à chacun de mes déplacements.

Le ministère de la Mer soutient la maison SNSM, nous avons d’ailleurs augmenté la subvention annuelle pour la porter à plus de 10 millions d’euros. Au-delà de l’accompagnement  apporté par l’Etat, il est primordial que chacun à son niveau soutienne cette association indispensable. Les sauveteurs sont bénévoles, le secours des personnes en mer est gratuit, mais l’entretien et le renouvellement de la flotte, les équipements et la formation des sauveteurs représentent un coût important. Nous qui vivons dans un pays de marins, nous nous devons de les soutenir. Je vous encourage donc tous à faire un don, évidemment selon vos possibilités, à la SNSM locale – ou même à vous engager bénévolement !

J’ai aussi profité de la présence des associations Les Disparus du Ravenel et Recherches du Ravenel, pour leur redire ma détermination à relancer les recherches du navire. Un membre de mon cabinet est en charge de ce sujet en lien avec le Département des recherches archéologiques subaquatiques et sous-marines (DRASSM) et les affaires maritimes du territoire. Sur ce sujet sensible pour nous tous, j’ai vraiment à cœur de faire avancer les choses.


RENCONTRE AVEC LES ÉLUS

J’ai tenu à échanger avec les trois collectivités et leurs exécutifs élus récemment, pour effectuer un point sur les dossiers auxquels l’Etat apporte son soutien.

Première escale au Conseil territorial, où j’ai pu rencontrer Bernard Briand, 3e président de ce mandat. Nous avons évoqué les missions du ministère de la Mer, ainsi que les différentes aides de l’Etat versées à la Collectivité pour 2021, qui s’élevent à plus de 4 millions d’euros (hors aides au fonctionnement).

Le président, pour sa part, a proposé d’inscrire deux dossiers à l’ordre du jour de notre rencontre : la construction du quai des ferries et la route Miquelon-Langlade.

Le quai des ferries

Contrairement à sa demande initiale, le président n’a pas souhaité évoquer ce projet avec moi, expliquant qu’il était en plein doute sur l’opération. C’est seulement quelques heures après que je comprenais de quoi il était vraiment question.

Je ne comprends toujours pas le choix de Bernard Briand ou, tout du moins, je ne crois pas aux raisons hasardeuses qu’il a avancées.

Je veux redire ici que l’Etat n’a jamais freiné le dossier. Au contraire, tout a été fait pour accompagner la Collectivité dans ses démarches.

Depuis 10 ans, le Conseil territorial fait cavalier seul sur ce projet de quai des ferries, mettant ainsi l’Etat, la commune, les acteurs économiques, les citoyens… devant le fait accompli, qu’il s’agisse du projet en face du square Joffre ou de celui du quai Interpêche.  Il aurait été pourtant beaucoup plus efficace d’associer l’ensemble des acteurs concernés dès le début.

Je me souviens d’ailleurs de la première présentation officielle du projet en 2013.  Victorin Lurel, alors ministre des Outre-mer, était présent et avait posé la question évidente de la co-construction au président de la Collectivité de l’époque. Celui-ci lui apprenait que ni l’Etat, ni le Maire de Saint-Pierre n’avaient été consultés au préalable, qu’il s’agissait de son projet ! J’étais alors députée et conseillère territoriale.

Alors qui peut donc croire que les motifs d’annulation évoqués par M. Briand sont suffisants pour l’abandon d’un projet de plus de 10 ans ? D’autant qu’à l’occasion de cette rencontre, j’avais prévu de lui proposer de porter ensemble la demande de déprescription des fouilles à ma collègue Roselyne Bachelot, ou encore de faire accélérer, avec leur accord, le calendrier d’étude de l’INRAP et la DRASSM afin d’être prêt dès le mois de juin, dans l’intérêt général. 

Malgré cette annonce médiatique,  l’État poursuivra son accompagnement comme cela avait été prévu initialement et le dossier sera finalisé dans les temps dans l’éventualité où le président de la Collectivité revenait sur sa décision.  Le  préfet a ouvert une enquête publique préalable au projet de construction, qui se déroulera du 15 mars au 16 avril inclus. Il a également créé, comme je l’avais annoncé, une cellule technique locale visant à travailler avec l’Institut national de recherches archéologiques préventives (INRAP) pour juger de l’intérêt de poursuivre ou non cette étude. La réponse sera connue en avril. J’aimerais terminer par une mise au point : cette opération ne coûterait pas un centime à la Collectivité puisqu’elle serait prise en charge à 100 % par l’Etat ! Je m’en suis assurée après tant de polémiques chronophages.

La route de Miquelon-Langlade

Dès le vendredi 26 février, j’ai participé à une réunion sur l’effondrement de la route et ai évoqué la nécessité d’apporter une réponse en trois phases bien distinctes :

  1. Une première phase où des solutions de court terme ont été ou sont en train d’être trouvées pour répondre à l’urgence. Les premiers travaux ont été lancés par la Collectivité puis l’Etat s’est engagé à aménager le chemin de Sauveur après l’arrêté pris par le Maire de Miquelon-Langlade. J’ai créé sur place une cellule de crise, afin qu’elle suive de façon régulière les effets de la météo et des éléments sur l’isthme.
  2. Une phase de moyen terme pendant laquelle il faudra identifier la meilleure façon de reconstruire la route, avant de lancer les travaux pour que celle-ci soit praticable avant le début de l’été. C’est important pour l’économie de Miquelon mais aussi pour les habitants de l’Archipel qui ont besoin d’aller se ressourcer à Langlade après une année pas comme les autres.
  3. Une phase d’élaboration d’une stratégie globale, efficace et pérenne de protection du trait de côte pour les années à venir. Pour l’isthme, mais également pour le village de Miquelon qui est lui aussi concerné par ce phénomène et reste une préoccupation. Des textes importants sont présentés actuellement au parlement, il est possible de donner des réponses et des perspectives.

Des évènements de ce type sont trop importants pour être réglés avec quelques messages sur les réseaux sociaux ou sous la pression. Ces décisions nécessitent du sang froid, de la méthode et de l’humilité et par-dessus tout, de la constance dans l’action.


Avec le Maire de Saint-Pierre, comme avec le Maire de Miquelon-Langlade, nous avons fait le tour des projets phares portés par les deux communes. J’ai pu leur confirmer à cette même occasion que tous, sans exception, feront l’objet d’un soutien financier de l’Etat.

Pendant mes trois années en tant que ministre des Outre-mer, le soutien de l’Etat aux mairies pour leurs projets d’investissement, comme pour les dotations de fonctionnement, a été historique.

Pour la mairie de Saint-Pierre, les aides au fonctionnement et les aides à l’investissement en 2018 était de près de 3,6 millions ; en 2019, de plus de 4,9 millions ; et en 2020, de plus de 5,2 millions d’euros.

Pour la mairie de Miquelon, les aides s’élevaient en 2018 à près d’1,4 millions ; en 2019, à 3,3 millions ; et en 2020, à 3,5 millions d’euros.

Plus globalement, l’Etat a largement soutenu les trois collectivités locales : en 2020 comme en 2021, l’Etat a financé entre 70 et 75% des commandes publiques du territoire.


STRATÉGIE PORTUAIRE

L’activité portuaire est un levier majeur de notre développement économique. Il fallait donner une nouvelle dimension aux ports de SPM, en faire un outil à la hauteur de nos ambitions pour notre Archipel, un outil digne de notre histoire et du potentiel maritime dont dispose le territoire. Nous devons faire de notre Archipel, la tête de pont du trafic maritime à destination du Canada en devenant par exemple la 10e escale du circuit de croisières du Saint-Laurent.

Alors ministre des Transports,  Elisabeth Borne s’était rendue à mes côtés sur nos îles en 2018 pour lancer la dynamique, tant sur le projet de modernisation du port que sur la réflexion autour de son modèle qui devenait archaïque. Le comité interministériel de la mer, le CIMER, a validé dans la foulée, à la demande d’une grande majorité des acteurs locaux,  la création d’un établissement publique d’Etat pour porter ce projet de développement.

Cette visite a donc été l’occasion pour moi de faire un point sur l’avancement de ces projets, sur le terrain d’abord en me rendant sur les infrastructures qui ont déjà connu des évolutions, puis lors du conseil portuaire que j’ai présidé.

Pour rappel en 2020, 8 millions d’euros ont été consacrés à des travaux engagés par l’Etat pour :

  • Les aménagements du quai du commerce, indispensables pour maintenir les liaisons entre notre archipel et Halifax et SP et Miquelon.
  • La partie Sud de la digue aux moules a été rénovée.
  • La rénovation du chemin d’accès au quai de l’épi, qui permettra de répondre à un enjeu de sécurité pour les utilisateurs du port, notamment les plaisanciers.
  • La démolition et la mise en service du hangar sous douane.
  • La démolition de l’ancienne glacière interpêche.
  • La réfection de la toiture de la SPEC.

En 2021, les actions seront tout aussi nombreuses, le conseil portuaire a également permis de les évoquer :

  • La poursuite de la réhabilitation du quai du commerce
  • La mise en place d’une protection cathodique sur les quais du commerce. Il s’agit ici de prolonger sensiblement leur durée de vie, le temps de réaliser le rempiétement complet de ces ouvrages.
  • L’aménagement du nouveau quai de croisières
  • La sécurisation du môle Interpêche
  • L’installation d’une grue-potence sur le quai Interpêche
  • La reconstruction du plan incliné
  • La rénovation de la rampe de débarquement des navires rouliers à Miquelon
  • L’élargissement du quai de l’Avel Mad à Miquelon

J’ai pu faire deux nouvelles annonces à cette occasion, puisque l’Etat investira 3,4 millions d’euros supplémentaires :

  • 1,7 million d’euros pour le quai du commerce
  • 1,7 millions pour le port de Miquelon (quai de l’Avel Mad)

A noter que pour le port de Miquelon, sur les 8 scenarii proposés par le cabinet SETEC International, celui qui a été retenu prévoit un investissement total de 47 millions d’euros. Cela a été validé en comité de pilotage puis en réunion publique.

Pour le quai des croisières le scénario avait lui aussi été validé en conseil portuaire et en réunion publique, mais pour des raisons budgétaire (13 millions d’euros), tout comme pour des raisons techniques, le phasage a été modifié et le démarrage des travaux est prévu pour le printemps. En effet, certains points techniques ont été remis en question par un utilisateur du quai, je me suis donc engagée à ce que les services de l’Etat apportent des réponses très rapidement à l’ensemble des membres du conseil portuaire.

La gouvernance du port

La dynamique portuaire nécessite de repenser la gouvernance du port, sans que l’Etat ne se désengage financièrement ou que les emplois ne soient mis en péril.

C’est pour cette raison que la direction générale des infrastructures, des transports et de la mer (DGITM) nommera officiellement, dans quelques jours, la préfiguratrice Mme Giudicelli. Elle aura notamment pour mission de construire cette nouvelle gouvernance, en concertation étroite avec l’ensemble des acteurs locaux concernés, en fonction des besoins exprimés localement par les citoyens, les usagers du port.

Et puisqu’il semble utile de le préciser, je peux vous assurer que le modèle financier de ce port ne reposera pas que sur les redevances des plaisanciers ou des utilisateurs d’aujourd’hui, et que les subventions de l’Etat seront toujours d’actualité.

Ce que je veux ajouter, et que l’on dit trop peu, c’est que le futur établissement public portuaire sera créateur d’emplois et de richesse, une richesse qui sera directement réinjectée dans notre économie locale. Toutefois, cette perspective de développement ne pourra se concrétiser que si l’ensemble des acteurs se rassemblent autour de ce projet, au-delà des sensibilités politiques de chacun. Port de pêche, de commerce, de croisière, de plaisance : ce projet, là encore, nous concerne tous et relève de l’intérêt général !

PÊCHE ET AQUACULTURE

La bonne gestion de la pêche et de l’aquaculture françaises fait partie des missions fondamentales de mon ministère. Les acteurs de la filière locale sont venus nombreux pour échanger avec moi sur le sujet. Des échanges francs et constructifs sur la saison qui s’ouvre, les quotas, la formation, le manque de main d’œuvre…. J’ai rencontré des chefs d’entreprise dynamiques redoublant d’inventivité et ressenti le fort besoin de structuration et d’amélioration de nos connaissances scientifiques des espèces présentes dans nos eaux.

L’organisation, le développement et le maintien de cette filière est un enjeu majeur pour l’économie de Miquelon comme pour celle de Saint-Pierre. Je continuerai de soutenir l’ensemble de ces projets, notamment grâce au « Fonds pêche » que j’avais lancé en 2017 lorsque j’étais ministre des Outre-mer (26 projets ont depuis été soutenus pour près de 2,2 millions d’euros) ou encore à travers le récent plan « France relance pêche » doté d’une enveloppe nationale de 50 millions d’euros.

A ce sujet, un seul projet a été déposé pour l’Archipel. J’ai indiqué aux autres porteurs de projets qu’un travail devait être mis en place  avec les services de l’Etat afin qu’ils soient prêts lors du prochain appel à projets.

CULTURE ET PATRIMOINE MARITIME

CULTURE ET PATRIMOINE

Vous le savez, une exposition photographique sur les Terre-Neuvas a été installée au Musée de l’Arche par Nadine Belin. Les clichés de Maurice Gest, lui-même marin-pêcheur sur les bancs de Terre-Neuve, qu’il a confiés à son ami Emile Genouvrier avec qui il avait réalisé ses 32 campagnes, mettent en exergue avec une beauté sauvage les conditions de travail difficiles de ce métier. En effet, j’entends souvent les marins-pêcheurs me dire que leur métier est à la fois le plus dangereux mais aussi le plus beau au monde. Les clichés de Maurice Gest traduisent fidèlement cette puissante dichotomie.

J’ai souhaité me remémorer cette partie de notre histoire tout en étant accompagnée de la nouvelle génération de marins. Je m’y suis rendue avec l’un des élèves du CAP maritime de Saint-Pierre-et-Miquelon, et son équipe éducative.

Je me félicite de la décision du ministère de l’Éducation nationale d’ouvrir au Lycée Emile Letournel ce CAP, conformément aux recommandations du Livre Bleu outre-mer. Toutefois, malgré toute la détermination du service académique, de la direction du lycée et du  personnel enseignant, seuls 2 jeunes poursuivent la formation sur 4 inscrits à la rentrée 2020.

Les professionnels avec qui j’ai échangé pendant ces trois jours m’ont fait part de leur grande difficulté à recruter des marins-pêcheurs sur notre territoire. Il faut inciter davantage nos jeunes Saint-Pierrais et Miquelonnais à s’engager dans ce secteur pourvoyeur d’emplois. Nous devons aller encore plus loin dans l’attractivité du métier (fiscalité, salaire, sécurité à bord, …) et tendre vers la formation continue.

L’attractivité des métiers de la mer est l’une des priorités de mon ministère, nous lancerons donc d’ici l’été une grande campagne de publicité de promotion des métiers de la pêche.

Autre acteur de notre patrimoine maritime : l’association Les Zigotos. J’ai toujours eu à cœur de soutenir cette association dynamique dans les différents postes que j’ai pu occuper et c’est à chaque fois un plaisir de les retrouver.

Comme vous le savez, j’accorde une grande importance à la protection et valorisation de notre patrimoine, notamment maritime. Par son histoire, par ses nombreuses traditions, Saint-Pierre-et-Miquelon est l’un des territoires les plus maritimes de France. Il est important que cette histoire continue de vivre, notamment au travers des associations et du projet UNESCO que j’aurais sans doute l’occasion d’aborder lors d’un prochain déplacement !