Un enjeu bien trop grand pour se diviser et se laisser aveugler par les rancœurs

Je comprends et partage l’émotion suscitée par la diffusion des cartes de submersion marine concernant notre territoire. Je comprends d’autant plus cette émotion que la méthode employée pour les rendre publiques a été déplorable.

Ces cartes ont été dévoilées à l’occasion de la visite du Président de la République dans une grande impréparation, sans que le Préfet ait pris le soin d’en expliquer la signification, les conséquences et les étapes qui doivent permettre de dégager des solutions. Cette manière de procéder a donné le sentiment désastreux que l’Etat se limitait à constater des risques, sans y apporter de réponses, et abandonnait les habitants des zones concernées à leur sort.

Mes opposants politiques m’accusent d’être complice et d’avoir orchestré cette publication des cartes de submersion à des fins politiques et personnelles. En plus d’être ridicule, c’est un mensonge et une manœuvre bassement politicienne qui vise tout simplement à exonérer de leurs responsabilités vis-à-vis des habitants de Miquelon et de Saint-Pierre ceux-là même qui aujourd’hui s’offusquent.

Je n’étais nullement informée de l’état d’avancement de ces travaux et donc a fortiori de la présentation au Président de la République de ces cartes. Cette décision a été prise sans m’avertir, alors que dans le programme initial, le Président de la République devait se rendre sur l’isthme de Miquelon-Langlade pour prendre la mesure de la dégradation de nos côtes, le Maire de Miquelon-Langlade peut d’ailleurs témoigner de ma surprise.

On m’accuse aussi d’évoquer Saint-Pierre-et-Miquelon dans le cadre de mes fonctions ministérielles. Si je le fais, c’est pour éveiller, notamment à Paris, l’intérêt pour notre archipel. Les spécificités de notre territoire méritent d’être toujours mieux comprises et prises en compte en métropole. C’est ce à quoi je m’attèle sans relâche !

L’improvisation qui a conduit à la présentation de ces cartes est regrettable et surtout condamnable. Pour autant, cette erreur doit-elle être une excuse pour rester immobile, pour éviter aux acteurs publics de prendre leurs responsabilités ? Bien sûr que non !

Quoiqu’on en dise, le plan de prévention des risques littoraux est utile. Il permet d’anticiper des risques, non pas pour s’y résigner, mais pour agir : prévenir les occupants et surtout permettre à toutes les autorités compétentes de s’organiser pour les contenir. Il doit apporter des solutions à chacun.

Le problème est connu depuis longtemps et la concertation entre les services de l’Etat et les élus locaux sur les cartes a débuté dès  2009 (!). Chacun peut légitimement se demander ce qui s’est dit et ce qui s’est fait durant ces six années de réunions ?!!

Depuis que ces cartes ont été diffusées, il y a maintenant neuf longs mois, trop peu a été fait. La répartition des rôles entre les services de l’Etat, les mairies et la Collectivité territoriale est pourtant connue. Rien ne peut justifier un tel immobilisme !

Tous les acteurs doivent maintenant rattraper le temps perdu, se mobiliser et agir au plus vite. Rechercher des solutions, apporter des réponses aux questions qui se posent, simples et concrètes :

  • Vais-je pouvoir construire une extension sur mon terrain ?
  • Ma prime d’assurance va-t-elle augmenter ?
  • Quel est l’impact de cette publication sur la valeur de ma maison ou de mon terrain ?

J’ai d’ores et déjà saisi les ministères des Outre-mer et de l’Environnement, directement compétents, en les sensibilisant aux problèmes spécifiques de Saint-Pierre-et-Miquelon. Ils nous apporteront le soutien nécessaire et sont prêts à expertiser toutes les questions qui seront soulevées. Je me bats aussi au quotidien contre le changement climatique, pour éveiller les consciences, pour mobiliser la communauté internationale afin de limiter la montée des eaux et de trouver des solutions à ses conséquences dramatiques, aussi bien ailleurs que chez nous !

Toutefois, je m’étonne sur cette question de l’attentisme du Conseil territorial, associé depuis 2009 à ce travail, alors même qu’il est en charge de l’urbanisme sur notre territoire ! C’est pourtant bien à la Collectivité d’initier une dynamique constructive dans ce domaine qui, je le répète, relève de sa pleine compétence. Au lieu de cela, le Conseil territorial se défausse et laisse les mairies se débrouiller seules avec les services de l’Etat.

Comment expliquer que le Conseil territorial ne serait pas représenté au plus haut niveau  à Miquelon lors de la réunion publique organisée par le préfet le 15 septembre sur un sujet aussi majeur ?

Comment expliquer que le Conseil territorial ne serait pas aux côtés des élus et de la population de Miquelon ce jour-là ?

Il suffirait pour cela de décaler la séance officielle du Conseil territorial annoncée par son Président. C’est un enjeu d’intérêt général.

Enfin, je veux le dire avec apaisement, mais avec force : je n’accepte pas que cette question, importante pour notre territoire, soit utilisée à des fins purement politiciennes. L’enjeu est bien trop grand pour se diviser et se laisser aveugler par les rancœurs.
Il est grand temps au contraire que chacun se ressaisisse, prenne ses responsabilités et se retrousse les manches, au service de tous !